Le gouvernement fédéral a présenté la mise à jour économique du printemps 2026 le 28 avril 2026, sous la direction du ministre des Finances François-Philippe Champagne. Intitulée « Un Canada fort pour tous », cette mise à jour met surtout l’accent sur les infrastructures, la diversification commerciale et la souveraineté nationale, mais elle confirme aussi des mesures clés pour l’innovation, dont les bonifications du programme RS&DE annoncées dans le budget 2025. Pour les entreprises technos canadiennes, c’est le moment de comprendre ce qui change et comment en tirer pleinement profit.
Vue d’ensemble : en quoi consiste la mise à jour de 2026
La mise à jour économique du printemps n’est pas un budget complet, mais plutôt un rapport d’étape qui réaffirme les priorités stratégiques et annonce de nouvelles mesures ciblées. Le fil conducteur de cette première mise à jour du gouvernement Carney est la souveraineté économique et la résilience : réduire la dépendance au commerce américain, bâtir des infrastructures nationales, attirer des investissements mondiaux et positionner le Canada pour la compétitivité à long terme.
La mise à jour prévoit que le Canada connaîtra le deuxième taux de croissance le plus élevé du G7 en 2026 (selon les projections du FMI), tout en lançant un fonds souverain de 25 milliards de dollars (le Fonds Un Canada fort) pour investir dans des entreprises et projets stratégiques canadiens, en partenariat avec des capitaux privés.
Pour les entreprises axées sur la technologie et l’innovation, les signaux les plus concrets concernent les améliorations au crédit d’impôt RS&DE (maintenues depuis le budget 2025) et une posture gouvernementale plus favorable à la productivité, à la compétitivité et à l’investissement en innovation au Canada.
Bonifications au RS&DE : ce qui est confirmé
La mise à jour du printemps réaffirme les bonifications du programme RS&DE annoncées dans le budget 2025 dans le cadre de la transformation économique du Canada. Ces changements devraient générer environ 1,2 milliard de dollars par année en retombées économiques, ce qui démontre clairement que le gouvernement considère la RS&DE comme un levier essentiel de productivité, et non simplement comme une ligne fiscale.
Ce que comprennent les bonifications de la RS&DE de 2026
Le budget 2025 a introduit les réformes les plus importantes du programme RS&DE en plus de dix ans. Ces changements sont maintenant mis en œuvre :
- Plafond de dépenses doublé pour le crédit d’impôt remboursable bonifié de 35 % : Le projet de loi C-15 double le plafond annuel de dépenses admissibles au crédit d’impôt remboursable de 35 %, passant de 3 à 6 millions de dollars. Concrètement, une SPCC peut maintenant récupérer jusqu’à 2,1 millions de dollars en crédits remboursables (au lieu de 1,05 million), avant que les dépenses excédentaires ne tombent au taux non remboursable de 15 %. Le taux de 35 % demeure, mais le doublement du plafond admissible représente la plus grande expansion de ce programme depuis des décennies.
- Seuils élargis pour la réduction progressive selon le capital imposable : Les seuils de capital imposable à partir desquels le crédit remboursable est réduit passent de 10 à 50 millions de dollars à 15 à 75 millions de dollars. Cela permet aux entreprises en croissance de profiter plus longtemps du crédit bonifié. Les SPCC peuvent aussi choisir une réduction progressive basée sur les revenus bruts plutôt que sur le capital imposable—une option plus flexible pour plusieurs entreprises modernes.
- Admissibilité rétablie des dépenses en immobilisations : Les dépenses en immobilisations sont de nouveau admissibles à la RS&DE selon le projet de loi C-15, annulant l’exclusion de 2014. Cela s’applique aux biens admissibles acquis et prêts à être utilisés à partir du 16 décembre 2024—donc, les équipements, le matériel de laboratoire et les actifs manufacturiers admissibles servant à la R-D peuvent maintenant être inclus dans votre demande.
- Crédit bonifié élargi aux sociétés publiques canadiennes admissibles (SPCA) : Auparavant, seules les SPCC pouvaient profiter du crédit remboursable de 35 %. Le projet de loi C-15 étend l’admissibilité aux sociétés publiques canadiennes admissibles (SPCA), ouvrant ainsi l’accès à cet incitatif à un plus grand nombre d’entreprises innovantes.
Ces améliorations sont majeures pour toute entreprise canadienne qui investit dans le développement de produits, les logiciels, le matériel, les technologies propres, l’IA, la biotechnologie ou l’optimisation manufacturière. Si vous n’avez pas revu votre admissibilité à la RS&DE à la lumière de ces changements, c’est le moment—ce ne sont pas de simples ajustements.
Toutes les données RS&DE ci-dessus proviennent du projet de loi C-15 (Loi d’exécution du budget 2025, no 1), qui a reçu la sanction royale le 26 mars 2026. Date d’entrée en vigueur de la plupart des changements : exercices fiscaux commençant le 16 décembre 2024 ou après cette date.
La super-déduction pour la productivité : un nouveau signal pour l’investissement en capital
En plus de la RS&DE, la mise à jour du printemps met en lumière la super-déduction pour la productivité comme incitatif complémentaire à l’investissement des entreprises canadiennes. Cette mesure permet l’amortissement accéléré des nouveaux investissements admissibles en machinerie, équipement et technologies, et devrait générer jusqu’à 9 milliards de dollars par année en retombées économiques sur la prochaine décennie.
Pour les entreprises axées sur la R-D, cela augmente la valeur du programme RS&DE : les crédits RS&DE réduisent le coût des dépenses de recherche admissibles, tandis que la super-déduction accélère l’amortissement des nouveaux actifs qui soutiennent ces travaux.
Canada Strong Fund : ce que cela signifie pour l’innovation
Parmi les annonces phares de la mise à jour du printemps, on retrouve le Fonds Un Canada fort, le tout premier fonds souverain du pays, doté d’une capitalisation initiale de 25 milliards de dollars sur trois ans. Ce fonds vise à investir dans des projets et entreprises stratégiques canadiens, en partenariat avec des capitaux privés, avec un accent sur les infrastructures, l’énergie, la fabrication et les industries de pointe.
Même si ce fonds n’est pas exclusivement dédié à l’innovation ou à la technologie, il démontre la volonté du gouvernement fédéral de prendre des participations directes dans des entreprises et secteurs jugés stratégiques. C’est un changement de ton important pour la politique d’innovation au Canada.
La mise à jour confirme aussi la tenue d’un Sommet sur l’investissement en septembre 2026 pour attirer des capitaux mondiaux au Canada—un autre signal que le gouvernement veut positionner le pays comme destination de choix pour les investissements à forte valeur ajoutée.
Ce que dit l’écosystème de l’innovation au Canada
Le Conseil canadien des innovateurs (CCI)—un regroupement d’entreprises technologiques en croissance—accueille la mise à jour avec un certain scepticisme. Le PDG du CCI, Patrick Searle, souligne que même si la mise à jour
« annonce des stratégies et politiques à venir qui pourraient lever des obstacles à la croissance », il estime que le document « ne répond pas pleinement » aux besoins des entreprises innovantes et numériques qui stimulent la productivité canadienne.
Searle cite aussi une étude démontrant que de plus en plus de jeunes pousses canadiennes choisissent de se lancer à l’étranger, et réclame des politiques mieux adaptées à l’économie du 21e siècle, notamment la valeur mondiale de 100 000 milliards de dollars des actifs immatériels, qui représentent 92 % de la valeur du S&P 500.
La position du CCI reflète celle de plusieurs acteurs du secteur techno au pays : les bonifications à la RS&DE vont dans la bonne direction, mais l’écosystème de politiques publiques doit en faire plus pour retenir et faire croître les entreprises à forte valeur ajoutée et axées sur le savoir ici même.
Ce que cela signifie pour votre entreprise
Que vous soyez fondateur SaaS, entreprise de technologies propres en expansion interprovinciale ou manufacturier investissant dans l’automatisation, cette mise à jour a des répercussions concrètes :
- La RS&DE demeure votre levier le plus accessible. Les bonifications à la RS&DE 2026 sont désormais en vigueur. Si vous investissez en innovation technologique—logiciel, matériel, IA, biotechnologie, fabrication avancée—vous êtes probablement admissible. Le plafond doublé (maintenant 6 M$) signifie que jusqu’à 2,1 M$ en crédits remboursables sont disponibles chaque année; un capital récurrent, non dilutif, sans céder de participation.
- La qualité de la documentation est plus cruciale que jamais. L’accent mis par le gouvernement sur la productivité et la compétitivité s’accompagne d’une surveillance continue de l’ARC sur les demandes RS&DE. Une documentation en temps réel (qui suit vos activités et dépenses admissibles au fur et à mesure) demeure le facteur clé pour défendre votre dossier.
- Les dépenses en immobilisations redeviennent admissibles. Si vous avez investi dans de nouveaux équipements de laboratoire, infrastructures informatiques ou actifs manufacturiers pour soutenir la R-D, vérifiez si ces coûts sont maintenant admissibles selon les nouvelles règles.
- Cumulez vos incitatifs. La RS&DE peut être combinée avec les crédits d’impôt provinciaux à la R-D (comme le COI en Ontario, le crédit RS&DE en C.-B. ou le CDAE-IA au Québec), la super-déduction pour la productivité et les crédits d’investissement admissibles. Une stratégie de cumul peut augmenter considérablement vos rendements non dilutifs.