Le Canada a complètement revu son approche en matière de défense. Ce qui était autrefois considéré comme une simple fonction d’approvisionnement (lente et bureaucratique) est désormais un pilier de la stratégie industrielle nationale, de la souveraineté économique et de la capacité d’exportation auprès de nos alliés.

Pour les entreprises innovantes du secteur de la défense et de l’aérospatiale, les retombées sont majeures. Une nouvelle Stratégie industrielle de défense (SID) de 6,6 G$, la création de l’Agence d’investissement en défense (AID) et une panoplie de programmes complémentaires font de l’environnement canadien l’un des plus généreux de l’histoire pour financer l’innovation. Surtout, ces nouveaux programmes sont conçus pour s’additionner au principal incitatif R-D du Canada (le RS&DE), et non pour le remplacer.

Voici l’essentiel à retenir. 

Qu’est-ce que la Stratégie industrielle de défense du Canada?

En février 2026, le Canada a officiellement lancé sa Stratégie industrielle de défense, une stratégie nationale pluriannuelle appuyée par 6,6 G$ annoncés dans le budget fédéral 2025 pour encourager l’industrie canadienne à produire de l’équipement militaire. L’engagement global est considérable : les premiers investissements de la SID permettront au Canada de consacrer 2 % de son PIB à la défense en 2025-2026, ouvrant la voie à l’atteinte de la nouvelle cible de l’OTAN de 5 % du PIB d’ici 2035.

La SID n’est pas un simple programme de subventions, mais un cadre coordonné de développement industriel. Il s’agit d’un virage de plusieurs milliards de dollars en matière de déploiement de capital, de soutien à l’innovation, de promotion des exportations et de développement de capacités souveraines.

Les priorités de la stratégie couvrent un large éventail de secteurs technologiques : plateformes aérospatiales, avionique et communications aéronautiques; munitions; systèmes numériques (IA, informatique quantique, infonuagique sécurisée); capteurs; renseignement spatial et communications par satellite; fabrication spécialisée (véhicules terrestres, navires de surface); formation et simulation; systèmes autonomes et sans équipage (terre, air, mer, espace).

L’Agence d’investissement en défense : centraliser et accélérer l’approvisionnement

Un élément clé de la nouvelle stratégie est l’Agence d’investissement en défense (AID), créée en octobre 2025. L’AID est une nouvelle agence spéciale au sein de Services publics et Approvisionnement Canada, créée pour accélérer et moderniser l’approvisionnement en défense. Sa mission : livrer plus rapidement et efficacement de l’équipement, des technologies et des capacités aux Forces armées canadiennes et à la Garde côtière canadienne, tout en renforçant la base industrielle canadienne grâce à des partenariats stratégiques, des investissements ciblés et une collaboration active avec l’industrie.

L’AID favorisera la collaboration avec l’industrie et les partenaires internationaux, soutiendra l’innovation et garantira aux FAC un accès rapide à des équipements et technologies de pointe.

Pour les fournisseurs en défense et aérospatiale, l’AID change la donne : elle devient le point de contact unique pour l’approvisionnement, remplaçant un système fragmenté et notoirement lent qui freinait les affaires. L’industrie canadienne de la défense génère près de 10 G$ de PIB et soutient plus de 81 000 emplois. L’AID vise à faire croître ces chiffres en facilitant l’accès aux contrats et l’intégration des entreprises canadiennes dans les chaînes d’approvisionnement du secteur.

La structure de financement de la SID : quatre volets à connaître

La SID comprend quatre grands volets de financement et de soutien : financement direct pour l’innovation, le prototypage et la démonstration; capitalisation par prêts et capital de risque pour l’industrialisation et la croissance; approvisionnement public et investissements pour générer des références commerciales; et Avantages industriels et technologiques — des réinvestissements obligatoires qui peuvent financer des projets de capacité, d’innovation et de développement des compétences.

Plusieurs programmes concrets sont déjà en place ou sur le point de l’être dans ces volets :

Initiative régionale d’investissement en défense (IRID) : Des ressources sont offertes par l’Initiative régionale d’investissement en défense et le programme d’aide à l’industrie de la défense du PARI (357,7 M$), ainsi que par le Fonds d’intervention stratégique, BDC, BOREALIS, le Carrefour d’innovation en drones et d’autres sources. L’IRID vise spécifiquement à aider les PME à intégrer les chaînes d’approvisionnement en défense, ici et à l’international.

Aide à l’industrie de la défense (AID Défense) : L’AID Défense est un nouveau volet du Programme d’aide à la recherche industrielle du CNRC, qui soutient les entreprises canadiennes développant des technologies à double usage. Les innovations à double usage — à la fois commerciales et militaires — sont au cœur de la SID, ce qui élargit l’admissibilité à bien plus d’entreprises qu’on pourrait le croire.

Plateforme Défense de BDC : Une plateforme Défense de 4 G$ à la Banque de développement du Canada a été créée pour garantir aux entreprises canadiennes, y compris les PME, un accès au financement de croissance lié à l’innovation en défense et à double usage.

Carrefour d’innovation en drones et investissement du CNRC : 105 M$ sur trois ans sont prévus pour un Carrefour d’innovation en drones au Conseil national de recherches du Canada, plus 459 M$ sur cinq ans pour développer une plateforme de recherche et de démonstration aéronautique au service de l’industrie de la défense canadienne.

BOREALIS : Le Bureau de recherche, d’ingénierie et de leadership avancé en innovation et sciences (BOREALIS) est un nouvel organisme créé pour coordonner et accélérer la recherche en défense et le développement de technologies de pointe.

Comment le RS&DE s’intègre à la SID

Voici ce qui distingue l’approche canadienne d’un simple programme de dépenses : le financement en défense s’ajoute souvent aux autres soutiens à l’innovation, il ne s’y substitue pas.

Le RS&DE (Programme de recherche scientifique et développement expérimental du Canada) demeure l’incitatif fiscal phare pour la R-D, et il est entièrement compatible avec les activités alignées sur la SID. En fait, les récentes bonifications du RS&DE le rendent encore plus avantageux pour les travaux technologiques et à forte intensité de capital typiques des entreprises de défense et d’aérospatiale.

Ce qui a changé avec le RS&DE en 2026 :

  • Le plafond des dépenses admissibles au crédit remboursable bonifié de 35 % pour les sociétés privées sous contrôle canadien (SPCC) a doublé, passant de 3 M$ à 6 M$, ce qui permet d’obtenir jusqu’à 2,1 M$ par année en crédits remboursables.
  • Les dépenses en immobilisations (équipement, machinerie, installations utilisées directement en R-D) sont de nouveau admissibles, annulant une exclusion de plusieurs années. Pour les secteurs à forte intensité de capital comme la fabrication aérospatiale, c’est un avantage majeur.
  • Les seuils de capital imposable pour le crédit bonifié sont passés de la fourchette de 10 à 50 M$ à 15 à 75 M$, permettant aux entreprises en croissance de conserver l’accès aux taux remboursables plus élevés à mesure qu’elles prennent de l’expansion.

Pour les entreprises de défense et d’aérospatiale, le retour de l’admissibilité des équipements spécialisés est particulièrement significatif. Les investissements dans des bancs d’essai, de l’équipement de fabrication, du matériel de simulation ou des modifications d’installations directement liés à la R-D sont désormais admissibles, alors qu’ils étaient exclus auparavant.

Grâce aux récentes améliorations du RS&DE — hausse du plafond de dépenses et retour de l’admissibilité des immobilisations — les entrepreneurs peuvent récupérer une part importante des coûts élevés de la R-D dans des domaines comme les drones ou les technologies quantiques. Pour les fournisseurs de rang 2 et 3, le RS&DE est un outil financier essentiel pour compenser les coûts élevés liés aux exigences strictes des donneurs d’ordres.

Comment les programmes de la SID et le RS&DE se combinent

La SID et le RS&DE sont complémentaires, pas concurrents. Les entreprises peuvent (et devraient) profiter des deux en parallèle, en tenant compte de quelques considérations structurelles.

La combinaison des prêts IRID à taux zéro, des crédits remboursables RS&DE jusqu’à 2,1 M$ par année, du retour de l’admissibilité des immobilisations et d’une administration simplifiée crée une base solide pour faire croître les entreprises innovantes dans les secteurs de la défense et des technologies au Canada.

Voici un cadre pratique pour comprendre l’articulation des programmes :

La SID couvre ce que le RS&DE ne couvre pas, et vice versa. Le RS&DE est un crédit d’impôt rétroactif sur les dépenses admissibles en R-D. Les programmes de la SID comme l’IRID et DI Assist offrent des subventions et prêts prospectifs pour l’intégration à la chaîne d’approvisionnement, le prototypage et la commercialisation. Les deux mécanismes visent différentes étapes du cycle d’innovation et différentes catégories de coûts.

Les réductions d’aide gouvernementale s’appliquent, donc planifiez en conséquence. Lorsqu’une entreprise reçoit une subvention de la SID qui réduit directement le coût de dépenses admissibles au RS&DE, le montant de la subvention réduit la base de dépenses du RS&DE. C’est le traitement standard de l’aide gouvernementale dans le programme RS&DE. Une bonne structuration des projets et une planification des demandes permettent de minimiser le chevauchement et de préserver la base maximale de crédits RS&DE.

Les investissements en capital peuvent servir aux deux programmes. Les achats d’équipement visant à renforcer la capacité de R-D sont maintenant admissibles au RS&DE (grâce au retour de l’admissibilité des immobilisations), tandis que l’IRID et d’autres programmes de la SID peuvent financer séparément des améliorations d’installations ou l’expansion de la production liée à l’intégration dans la chaîne d’approvisionnement en défense. Ce sont des bassins de coûts distincts, mais une planification judicieuse permet de tout réclamer.

Les activités à double usage sont explicitement visées par la SID, et souvent admissibles au RS&DE. La stratégie fédérale vise expressément à soutenir la commercialisation qui renforce la sécurité nationale, même si la défense n’est pas votre marché principal. Si votre entreprise développe de l’IA, des systèmes autonomes, des capteurs quantiques, des matériaux avancés ou des solutions de cybersécurité pour des marchés commerciaux, il y a de fortes chances que ces activités soient admissibles à la fois à la SID et au RS&DE.

Qui devrait s’y intéresser

La SID a une portée plus large que bien des entreprises ne le croient. Les entreprises canadiennes de défense et d’aérospatiale, ainsi que celles qui souhaitent diversifier leurs activités ou soutenir ce secteur, devraient évaluer si elles peuvent profiter de ces nouveaux appuis financiers.

Les secteurs prioritaires incluent :

  • Développeurs de plateformes aérospatiales et entreprises d’avionique
  • Systèmes autonomes et sans équipage (drones, AUV, UGV)
  • Entreprises d’IA, d’informatique quantique et de systèmes numériques
  • Construction navale et technologies marines
  • Fabrication avancée et production spécialisée
  • Capteurs, guerre électronique et technologies spatiales
  • Technologies de formation et de simulation
  • Cybersécurité et communications à haute fiabilité

Les défis techniques que vous relevez au quotidien (comme l’automatisation sur mesure, l’itération de composites ou la mise à l’échelle de prototypes) donnent souvent droit à des remboursements importants, même si ce n’est pas étiqueté « R-D ». Même logique pour la DIS : les entreprises qui se voient comme technologiques ou manufacturières, et non comme « entreprises de défense », font peut-être déjà du travail admissible aux deux volets.

Dates clés et mesures à prendre

Le DIS est encore en déploiement, avec des programmes qui seront lancés progressivement jusqu’en 2026 et au-delà. Voici les principales étapes à surveiller :

  • Dépôt des demandes RDII : Ouvert dès maintenant auprès des agences de développement régional; certaines priorisent les projets prêts à engager des dépenses rapidement (REMARQUE : Les dates limites et les détails des programmes RDII varient selon la province et l’agence.)
  • Bonifications SR&ED 2026 : En vigueur pour les exercices fiscaux débutant le 16 décembre 2024 ou après
  • Lancement complet du DIS : La stratégie pluriannuelle prévoit l’annonce de nouveaux programmes et de périodes de dépôt jusqu’en 2026 et 2027

Pourquoi choisir Boast pour le RS&DE en défense et aérospatiale

Boast a aidé plus de 2 000 entreprises au Canada et aux États-Unis à récupérer plus de 900 millions $ en crédits d’impôt pour la R-D. Pour les entreprises de défense et d’aérospatiale qui naviguent dans l’univers du DIS, le RS&DE n’est pas qu’un simple formulaire à remplir : c’est une source de revenus importante qui exige une expertise spécialisée.

La complexité des demandes de R-D en défense est précisément là où les cabinets comptables généralistes et les outils automatisés atteignent leurs limites. Les activités admissibles sont souvent intégrées dans l’ingénierie ou la fabrication, sans être formellement identifiées comme « recherche ». Les exigences de documentation pour l’examen technique de l’ARC sont strictes. Et avec le retour de l’admissibilité des équipements, de nouvelles occasions de réclamation s’offrent à vous, à condition d’intégrer soigneusement la comptabilité de projet.

Le modèle hybride technologie + expertise humaine de Boast est conçu pour ça. Notre plateforme automatise la collecte de données et la documentation, tandis que notre équipe de spécialistes RS&DE s’assure que chaque activité admissible est repérée, bien décrite et défendable lors d’un examen de l’ARC, avec notre engagement de défense à 100 % en cas de vérification.

Prêt à bâtir votre stratégie de financement d’innovation en défense? Discutez avec un spécialiste RS&DE de Boast pour évaluer votre admissibilité RS&DE en parallèle des programmes DIS que vous visez.

FAQ

Oui. Les programmes RS&DE et DIS sont complémentaires et non exclusifs. Toutefois, les subventions gouvernementales qui réduisent les dépenses admissibles au RS&DE diminueront d’autant la base de réclamation. Une planification et une structuration de projet réfléchies — idéalement avant d’engager les dépenses — permettent de maximiser l’avantage combiné.

Pas nécessairement. Le DIS vise explicitement les technologies à double usage — des innovations développées pour le marché commercial qui peuvent aussi servir à la défense ou à la sécurité. Les entreprises en IA, quantique, fabrication avancée ou cybersécurité peuvent être admissibles même sans contrat de défense existant.

Le développement expérimental de nouveaux systèmes ou composants, l’innovation de procédés pour atteindre des normes de défense, la résolution d’incertitudes technologiques dans les systèmes autonomes ou de capteurs, ainsi que le développement logiciel pour la simulation, le commandement, le contrôle ou les communications sont des exemples fréquents d’activités admissibles. Les dépenses en équipements utilisés directement dans ces activités sont aussi admissibles grâce aux bonifications RS&DE de 2026.

Le PCA est un nouveau processus optionnel qui permet d’obtenir une validation technique de l’ARC avant d’engager des dépenses RS&DE, réduisant le délai d’examen prévu de 180 à 90 jours. Pour les entreprises qui réalisent de grands projets de R-D en défense sur plusieurs années, cette validation préalable peut réduire considérablement le risque de vérification et faciliter la planification de la trésorerie. Boast peut vous accompagner dans la démarche PCA.

Le financement RDII est géré par les agences de développement régional (ADR) comme l’APECA (Atlantique), DEC (Québec), FedDev Ontario, PrairiesCan et PacifiCan (C.-B.). Chaque agence a son propre processus et calendrier de dépôt. Contactez Boast ou votre ADR régionale pour connaître les programmes actuellement disponibles.