Dans notre plus récent épisode de What the Tech from Boast, enregistré en personne lors du Tech Thursday à Calgary, nous avons rencontré Omar Sabbagh, PDG de Bidaya AI, pour discuter de la façon dont son entreprise utilise l’IA afin de donner une chance égale aux petites et moyennes entreprises qui soumissionnent sur des contrats gouvernementaux
Le parcours d’Omar vers la création de Bidaya est tout sauf linéaire. Ingénieur mécanique de formation, il pensait devenir ingénieur biomédical. Finalement, il a travaillé en finance, en recherche sur les actions pétrolières et gazières, a vu son entreprise passer d’une firme traditionnelle à une entreprise technologique, puis a choisi de rejoindre Shopify pour être « au cœur de l’action ».
Puis est arrivé le fameux moment Honda Accord.
Au moment où ChatGPT a été lancé, Omar a quitté son emploi chez Shopify pour se lancer dans l’entrepreneuriat en IA. En allant chercher la deuxième clé de la Honda Accord qu’il venait d’acheter, il a mentionné qu’il avait quitté son emploi pour travailler en IA. Par hasard, le vendeur enseignait la rédaction de propositions à l’Université de Calgary et lui a demandé s’il pouvait faire un mandat de consultation avec lui.
« J’ai travaillé avec lui, j’ai vu l’envers du décor et je me suis dit : “L’IA va multiplier par 10 chaque étape de ce processus, du début à la fin.” J’ai bâti un prototype. Ce prototype a trouvé preneur auprès de quelques clients, et là je me suis dit : “OK, il y a vraiment quelque chose ici.” On a levé un peu de financement, monté une équipe, et nous voilà aujourd’hui. »
Aujourd’hui, Bidaya AI est une plateforme tout-en-un pour décrocher des contrats gouvernementaux en une fraction du temps, grâce à des outils puissants de découverte, d’analyse et de rédaction de propositions qui génèrent des soumissions 5 fois plus rapidement que les méthodes traditionnelles.
Le problème : Les grandes firmes gagnent grâce à la paperasse, pas à la performance
Omar a expliqué le problème central que Bidaya résout :
« Le gouvernement publie chaque jour une tonne de contrats pour régler des enjeux précis. On a choisi de se concentrer sur l’infrastructure, l’architecture et l’ingénierie. Pensez aux parcs, aux écoles, aux hôpitaux autour de vous. Chacun de ces projets a commencé par un processus d’AO (appel d’offres), où le gouvernement lance une demande de propositions et invite les entreprises à soumissionner pour décrocher le mandat. »
Le défi : « Ce processus est vraiment lourd, et les firmes gagnent surtout selon leur capacité à naviguer dans le processus, pas selon leur capacité à exécuter le travail. Les grandes équipes ont un net avantage sur les plus petites. »
La mission de Bidaya : « On voulait rétablir l’équilibre. On voulait que ceux qui sont les meilleurs pour réaliser le travail remportent les contrats, pas ceux qui sont les meilleurs pour remplir des formulaires. »
À qui ils s’adressent : « On travaille principalement avec des firmes d’architecture, d’ingénierie et de construction de petite et moyenne taille. 99 % de ces entreprises comptent moins de 100 employés, donc elles ont besoin d’un coup de pouce pour rivaliser avec celles qui décrochent les gros contrats. On essaie de rendre la compétition plus équitable pour bâtir nos infrastructures les plus importantes au pays. »
De simple outil à plateforme : régler 100 irritants
Quand on a discuté de ce qui distingue Bidaya d’un simple outil d’IA, Omar a insisté sur l’importance de régler les cas particuliers :
« Quand quelqu’un utilise l’IA pour ce genre de problème, il voit le potentiel, mais il y a peut-être 100 petits irritants qui l’empêchent d’être vraiment utile — des centaines de cas particuliers. Les régler un à un, c’est comme ça qu’on passe d’un simple outil à une vraie plateforme. »
Le processus : « Vous voyez quelqu’un avoir de la difficulté, se frustrer, perdre confiance à cause d’un détail. Régler tous ces points, c’est ce qui permet de passer d’un outil générique à une plateforme solide. »
Développer l’expertise métier : Le tout premier client de Bidaya était à l’Université de Calgary. Ils ont embauché des consultants qui maîtrisent parfaitement le processus d’AO. Le cofondateur d’Omar était de l’autre côté du processus et l’a vécu de près.
« Réunir tout ça, c’est ce qui rend l’aventure vraiment stimulante. J’en apprends chaque jour au fil de l’évolution du projet. »
De l’Alberta à Singapour (et retour à Toronto)
Ce qui a commencé comme un projet hyper local en Alberta a vite pris de l’ampleur.
La trajectoire de croissance : « Comme c’est une industrie très locale — chaque province ou État a son propre site web — je pensais qu’on commencerait juste en Alberta. Mais très vite, on s’est étendus à l’Ouest canadien, puis à l’Est, et maintenant on couvre tout le pays. On a parlé à plus de 200 firmes au Canada pour les aider. »
La surprise de Singapour : « Tout récemment, on a eu notre premier client à Singapour grâce à une référence de Calgary, croyez-le ou non. Un de nos consultants est parti vivre là-bas un an avec sa conjointe originaire de Singapour, et il a réalisé qu’il pouvait y apporter la même expertise. On a signé notre premier client mondial — 15 000 employés. Et, fait cocasse, ils ont une filiale canadienne à Toronto avec qui on commence à travailler. »
La boucle est bouclée : « Au lieu de passer directement par la filiale torontoise, on est passés par la maison-mère à l’international. Maintenant, on a une présence mondiale et on vise à accélérer notre expansion aux États-Unis très bientôt. »
Le secret de Calgary : une communauté qui s’entraide
Enregistrer l’épisode en personne lors du Tech Thursday nous a permis de discuter de l’écosystème d’innovation de Calgary — un aspect pour lequel Omar est très reconnaissant.
Ce qui rend Calgary unique : « Il y a ici un bassin de gens brillants qui veulent vraiment s’entraider, et cette main tendue, c’est ce que j’ai le plus remarqué. On fait tous quelque chose de difficile, sans trop d’exemples à suivre — Calgary n’est pas reconnue comme un pôle techno. Mais on voit beaucoup de gens qui veulent aider les autres à réussir. »
Des exemples concrets : « Par exemple, nous prêter l’usage d’un studio de balado ou nous offrir un espace de bureau lorsque nous débutions. Une autre entreprise nous a prêté ses locaux avant même qu’on ait les nôtres. Ce sont de petits gestes qui, mis ensemble, font toute la différence. »
L’effet COVID : « Ce qui s’est aussi passé à Calgary, c’est que beaucoup de travailleurs en technologie à distance ont déménagé ici pendant la pandémie pour le coût de la vie et le mode de vie près des montagnes. Je pense que ces gens-là vont devenir entrepreneurs. On a maintenant beaucoup de talents qui vont lancer leurs propres entreprises, et c’est là que tout va vraiment décoller. »
La réputation : « Peut-être qu’on devrait être reconnus pour notre hospitalité. L’hospitalité du Sud, mais version nordique. Le Sud du Canada. »
La suite : Croître grâce aux processus et à l’humain
Quand on lui a demandé ce qui attend Bidaya, Omar a insisté sur le passage du travail manuel à la mise à l’échelle :
La philosophie : « Une de nos philosophies, c’est de tout faire à la main d’abord, puis, une fois que ça fonctionne, on cherche à l’automatiser et à le déployer à grande échelle. On a bien réussi plusieurs choses, mais maintenant, on est rendus à l’étape de la croissance — acquisition de clients, offrir le même service personnalisé à chaque firme, et bâtir un moteur produit capable de transformer les besoins des clients en solutions concrètes, fiables et efficaces. »
Le défi : « C’est un mélange de processus et d’humain. Pour les processus, j’ai dû apprendre sur le tas — ce n’est pas naturel pour moi, alors j’ai dû m’améliorer. Côté humain, il faut trouver les bons membres d’équipe. »
L’équilibre entre IA et employés : « On vit une période fascinante en IA où chaque employé peut générer énormément de valeur grâce à l’IA. Une petite équipe peut aller très loin. Avec une équipe plus grande, on va encore plus loin. On essaie de garder cet équilibre : rester aussi efficaces, tout en s’assurant que chaque nouveau membre contribue autant que les autres. »
L’aspect culturel : « Les employés IA, c’est super, mais ils ne viennent pas souper avec vous. Il faut que l’IA fasse le travail en coulisses, pendant que nous, on partage un repas ou une partie de ping-pong. L’IA ne joue pas au ping-pong! Il faut donc trouver le juste milieu : être ultra efficaces, mais bâtir une culture et une équipe soudée qui va loin et qui apprécie le parcours. »
Le lien avec Boast : Laisser les experts exceller dans leur domaine
La philosophie d’Omar rejoint parfaitement l’approche de Boast :
« On ne demande pas à des experts dans un domaine de se surmener ou de devenir experts dans quelque chose qui ne correspond pas à leur expérience. On leur donne plutôt un outil pour mettre en valeur leurs superpouvoirs. »
Le parallèle : Tout comme Boast ne veut pas que les équipes R-D rédigent des documents fiscaux ou que les équipes finances déchiffrent du jargon technique, Bidaya ne veut pas que les architectes et ingénieurs passent leur temps à remplir des AO au lieu de faire ce qu’ils font de mieux.
« Pour une startup ou une entreprise techno, le capital, c’est la clé. Pour les firmes qu’on accompagne, c’est le flux constant de projets et d’AO remportés qui assure leur survie. Notre but, c’est de leur permettre de se concentrer sur ce qui compte vraiment et d’exceller dans leur expertise. »
La philosophie partagée : Il y a déjà assez à faire. Inutile d’en rajouter. Concentrez-vous sur ce que vous faites de mieux. Laissez les bons outils et partenaires s’occuper du reste.
Points clés à retenir
Les parcours atypiques mènent à de grandes entreprises – Omar est passé de l’ingénierie mécanique à la finance, puis à Shopify, avant de fonder Bidaya. Suivez votre curiosité.
Les meilleures idées naissent de vrais problèmes vécus – Un mandat de consultation en rédaction de propositions a révélé tout un secteur à transformer par l’IA.
Passer d’un simple outil à une plateforme, c’est régler 100 irritants – Cas particuliers, frustrations, enjeux de confiance : il faut les régler un à un pour bâtir quelque chose d’utile.
Égaliser les chances – Les grandes firmes ne devraient pas gagner juste parce qu’elles maîtrisent la paperasse. Ce sont les meilleurs qui devraient remporter les contrats.
Les petites équipes peuvent accomplir énormément avec l’IA – Mais il faut équilibrer efficacité et culture d’équipe. Les employés IA ne sortent pas souper avec vous.
La culture d’entraide à Calgary est bien réelle – Prêt d’espaces de bureaux, mises en contact : la communauté s’appuie vraiment les uns sur les autres.
Commencez local, puis passez à l’international sans même vous en rendre compte – Ce qui était au départ un projet axé sur l’Alberta dessert maintenant plus de 200 firmes partout au Canada et s’étend à Singapour et aux États-Unis.
Laissez les experts faire ce qu’ils font de mieux – Ne faites pas perdre de temps aux architectes avec la paperasse d’AO. Ne demandez pas aux équipes R-D de rédiger des documents fiscaux. Offrez-leur des outils qui démultiplient leur plein potentiel.